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 dessine-moi un mouton. ☾ clemens

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GIBBOUS



☾ RÉINCARNATION : antonin artaud (1896 - 1948)
☾ OCCUPATION : illustrateur.
☽ AVATAR : ben whishaw.
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MessageSujet: dessine-moi un mouton. ☾ clemens   Sam 2 Aoû - 1:03



Elle veut pas, elle veut plus. La paperasse s'enfile dans son bureau comme une mauvaise blague, il a b'soin d'air, il a besoin de plus. Il trouve pas. Nom de Dieu, on compte sur lui pour un projet, un bouquin encore une fois parlant de... de quoi déjà ? Alexandre se souvient plus. Ce qu'il peut affirmer malgré tout, c'est qu'il en a marre. Les visages s'enchaînent comme des fonds qui ne veulent strictement rien dire. Le bruit des clefs résonne dans la pièce qu'il attrape avec un certain énervement, son carnet de croquis lui suit aussi la cadence, suffit de peu et la porte claque derrière lui. Les voisins peuvent se plaindre, peu lui importe, il a un boulot loin d'être stable, doit se faire de l'argent et surtout trouver quoi faire. Paraît qu'entendre le sifflements de oiseaux peut rendre heureux le type le plus froid du monde. Entre ce qui est dit et ce qui est vrai, le fossé a le mérite d'être large, très large, trop large. Une main dans une poche, il sait pas vraiment où il va. Se sentant à la rigueur comme un aventurier qui saura pile le moment où il tombera sur le trésor tant attendu, l'inspiration c'est comme le talent, ça vient pas qu'en claquant des doigts.  Ses yeux furètent un peu partout, quel rapace il fait. Cafés, touristes qui aiment prendre des photos ridicules, des animaux errants qui cherchent de quoi boustifailler. Rien. Ce crétin de Dieu lui en veut c'est ça, serait-ce donc la fin de son épopée dans le monde magique de l'imagination ? Haussant les sourcils avec désespoir, il saurait même pas dire avec exactitude dans quel quartier il se trouve. Un banc, lui, il s'affale dessus sans s'occuper du regard des passants. Il en vient à s'allonger, sortant une cigarette de son paquet dans un piteux état. Faudra qu'il en rachète. C'est tout ce qu'il se dit sur l'instant, allumant l'horreur qui lui dévore les poumons au fil des années. Le ciel, est-ce que le ciel bleu voudra bien lui donner la foudre divine ? Même pas. Pourtant il attend avec patience, si bien que de la cendre vient tomber avec nonchalance sur sa veste. Le bois, ça fait mal au dos. Au moins il pourra retenir de cette mésaventure que la vie d'un sans-abri ne doit pas être facile tous les jours. Un rire sec lui échappe, c'est beau la vie, ça brille, ça pète de couleurs, c'est moche en même temps. Chassant derechef les pensées qui lui tiraillent le crâne, il écoute seulement les bruits ambiants, ferme les yeux pour mieux se rendre compte de la certaine beauté de ne voir que du noir. Les pas qui sont tantôt rapides tantôt lents, les petits gloussements discrets des enfants, les tasses qui s'entrechoquent en signe d'un bon café qui finira dans le gosier de celui qui l'avalera. Quand ses paupières s'ouvrent, il se retrouve face au soleil sans s'y attarder plus longtemps, se redresse un peu pour finir assis et commence à laisser tapoter le bout de ses doigts contre le banc. Le carnet quant à lui reste bien sage avec son petit crayon attaché pour qu'il ne le perde pas. Il le fixe en se demandant combien de pages il va encore gaspiller pour ses fantaisies. Alexandre il est loin de se voir grand peintre, même pas artiste c'est pour dire. L'illustrateur a peut-être juste besoin de se dire qu'au-delà de l'homme il y a plus. Avec les théâtres. Morbides théâtres. Affreux théâtres qui prennent une place trop conséquente dans sa vie. C'est même pas sa matière grise qui dirige, c'est juste ses os qui comme des automates décident avec exactitude l'emplacement des rideaux, de la scène. Précis, trop précis. Alors, Alexandre, il s'dit juste que son père a mal fait son boulot au moment de la procréation Abberline.

Soupirant tel un gamin qui n'a pas ce qu'il veut, il recommence son éternelle tournée. Brune. Blonde. Rousse. Elles se ressemblent toutes. Puis, y'a un type qui passe juste devant lui, il a l'air même vachement jeune avec encore cette niaiserie qu'on peut avoir à cet âge. Ses prunelles claires s'écarquillent, ses doigts se stoppent dans leur frénésie. Il file même pas loin, se pose à la terrasse à quelques mètres de lui et Alexandre fait une seule chose, il le scinde. Des traits durs et à la fois doux, quelque chose qu'il dégage comme une pulsion à l'état pur, une envie de laisser le dessin parler à sa place. Le faire ? Ne pas le faire ? Il va passer pour un timbré de l'hôpital psychiatrique d'à côté. Comment aborder un inconnu et finir par balancer comme une fleur, j'peux t'utiliser comme modèle ? Planté comme un arbre au milieu du chemin il se pince la lèvre inférieure en réfléchissant. Le mieux, c'est d'y faire sur le tas, c'est pas comme si l'illustrateur avait trop de fierté à perdre. Il pourrait partir aussi. Mais merde, il en a besoin de sa dose de crayonnage, il peut lui la donner sans qu'il le sache. Un truc en plus qu'il finira par découvrir quand il s'amusera à mettre à nu ses émotions sur papier. Un peu d'courage, de cran, surtout de culot. Plus il avance, plus c'est net, plus ses mains frétillent à l'idée de faire de son visage une fragilité comme une immortalité. L'art c'est ça en quelque sorte, ça se détruit et en même temps, ça peut tenir si longtemps la course que ça en devient effrayant. Peinture, sculpture, dessin, musique, ils restent dans l'éternité comme une sensation nostalgique qui perdure. Abordant un sourire en coin de lèvres, il peut plus revenir en arrière, c'est trop tard Alexandre a passé le cap du non-retour. « Hm. J'suis désolé de te déranger vraiment, même moi j'pensais pas que ça allait te tomber d'ssus mais... » Allez, manier le langage c'est pas si compliqué. « Avant toute chose, j'tiens à te rassurer, j'suis pas un tueur en série à la recherche de son bétail. D'toute façon faire ça en plein jour serait totalement con, et je m'égare. » Rire mi-gêné mi-dépité par ses propres paroles, il se reprend bien vite, du moins c'est ce qu'il croit. « J'me présente, Alexandre, juste Alexandre, on va pas s'étaler sur les politesses, enfin j'crois. J'suis illustrateur, souci étant j'trouve pas de quoi faire mon bonheur. Enfin jusqu'à maintenant, m'demande pas pourquoi, j'aimerais bien te tirer l'portrait. » Quelle tirade, il se penserait presque entrain de soliloquer. C'est vrai, c'est pas banal de se faire aborder par un inconnu qui tient absolument à avoir sa dose dans son carnet qui un jour sera plein. Inconsciemment il en profite pour tout détailler, le nez, les yeux, les cheveux ni trop coiffés, ni trop en bataille, ce truc. Il a le mérite d'être vrai. Ce doit être ça qu'il arrive à percuter chez le gamin qu'il aborde, une certaine pureté d'esprit avec un mélange de gueule qui ne laisse pas de marbre. « En tout bien tout honneur. » Juste histoire de se rattraper d'avoir laissé une ou deux injures passer la barrière de ses lèvres. Il aurait pu faire mieux, c'est un fait indéniable. Pauvre Alexandre, manquerait plus que l'étudiant lui dise d'aller se faire paître avec ses délires de type chicos qui veut se mettre à l'art. En y pensant plus sérieusement, il n'a rien à lui offrir, oh certes il pourrait le remercier d'exister. Seulement, serait-ce suffisant pour lui voler son être ?

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Artaud
« émouvant comme une catastrophe. »


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CRESCENT



☾ RÉINCARNATION : Arthur Rimbaud, 20 Octobre 1854 -10 Novembre 1891
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MessageSujet: Re: dessine-moi un mouton. ☾ clemens   Dim 3 Aoû - 16:19

Dessine moi un mouton
ALEXANDRE ∞ CLEMENS


Depuis combien de temps n’a-t-il pas dormi ? Les quelques minutes passées dans des rêves qui ne lui appartiennent pas, ça ne compte pas. Un vrai sommeil, sans rêve, ou alors un rêve réconfortant. Avec des personnes qu’il connait, des personnes qui ne sont pas décédées depuis des dizaines et des dizaines d’années. Cette fois, il avance, lentement, à travers une rue pavée. Il y a parfois des calèches qui passent de chaque côté, de la rue. C’est sombre. Peut-être la nuit. Il se sent bouger, frémir dans son rêve. Il voit le monde à travers les yeux de ce même personnage. Toujours ce même, ce chère Rimbaud. Ce maléfique Rimbaud. Il veut sortir de son rêve, il bouge dans tous les sens, se débat, pourrait presque hurler, mais non, le poète garde son emprise sur lui. Il fume quelque chose. La nuit est tombée, il lève la tête vers la lune, il déclame quelques vers. Il sait qu’il n’est pas sobre, mais alcool ou drogue ? Il n’en a aucune idée. Il se sent marcher un peu à l’écart. Il tourne la tête. De l’autre côté, il y a cet homme. Il est brun, grand, jeune mais pas trop, peut-être la trentaine. Il est tellement beau … Il ne ressemble pas à ce type aux rouflaquettes, il a un sourire plus sincère, plus agréable. Ses cheveux noirs de jais se fondent dans la nuit, ses yeux brillent légèrement à la lueur des lampadaires. Et il est tellement attirant. Il se sent tressaillir à travers son rêve, en sachant pertinemment qu’il ne s’agit pas de ses propres sentiments. Il se mord la lèvre face à ce type, et face à son rêve également. Il respire plus fort. Le parallèle se créer. Il lorgne sur la main de l’homme. Il a un anneau au doigt. Mais ce genre de sourire ne trompent pas. Par où se dirigent-ils ? Qui vont-ils rejoindre ? Est-ce que c’est simplement l’appartement de ce beau trentenaire ? Il en sait rien. Il est défoncé. Il attrape la main de cet homme, la serre fort. Il a un nez tout rond au bout. Ils se regardent, continuent de marcher, comme deux enfants. Ils montent des marches, encore un peu, le grand type pousse une porte en récitant des vers. Le personnage dont Clem prend la place déclare, dans un écho qu’il entend distinctement : « Pourquoi tu veux pas t’fais publier ? » Mais il s’en fout de la réponse, il passe ses mains dans sa nuque, l’embrasse langoureusement, en un geste sûr. Il le fait reculer jusqu’au canapé, où il s’allonge à califourchon sur lui. Il l’embrasse encore, se laisse embrasser. L’amant lui répond doucement, un sourire aux lèvres : « C’est que tu vois, ma poésie, mes très chers vers, je veux qu’ils ne soient entendus que par des personnes qui le méritent réellement. » Clemens se sent sourire, il l’embrasse encore. L’autre réussit à se relever, alors que Rimbaud est toujours accroché à lui, ses deux jambes passées au tour de ses hanches. Il les entraine dans une chambre. Et tandis que le poète inconnu se déshabille, Clemens déclare, entre deux baisers : « Pourquoi t’es marié ? » Le poète sourit, il rit même, il l’embrasse dans le cou avant de murmurer : « Parce qu’elle est riche et que je suis paresseux … »
Clemens rouvre les yeux en sursaut. Il a le souffle court, la poitrine qui se soulève périodiquement. Respire Clem, respire, c’est pas réel, c’est pas réel. Il passe une main sur son front, bouillant de sueur et de chaleur. Il a mal à la tête, il a l’impression qu’on la martèle contre un mur. Respire ça ira mieux après. Sans bien savoir pourquoi, il se penche vers sa table de chevet et écrit frénétiquement, comme possédé, l’épisode de son rêve. Il faut qu’il se souvienne de tout, pour mieux oublier. Ce type dans son rêve … Il l’a déjà vu dans des dizaines d’autres rêves. Parfois des discussions dans un lit, d’autre fois dans un café, mais rarement autre chose. Jamais devant ces tables de poètes que le personnage de son rêve, Rimbaud, semble fréquenter. Il passe une main sur son front, essuyant la sueur qui y perle. Il se redresse mollement, la tête encore dans le gaz. Il se dirige vers la salle de bain, les jambes tremblantes, les mains mal assurées, appuyées sur les montants de porte, pour mieux trouver un équilibre. Il pousse du pied la porte de la salle de bain. Son reflet dans le miroir est celui d’un homme maigre, les muscles pas assez entretenus, et les cernes prenant une place trop importante sur son visage. Eh viva la vida Clem … Il pousse un long soupir, puis se glisse sous la douche en repensant à ce baiser. Ce genre de fantasmes, ce n’est pas la première fois qu’il les subit. Il y avait ce type aux rouflaquettes évidemment, mais aussi des femmes, et d’autres amants. Un nombre incommensurable d’amants et d’amantes. Clemens se laisse glisser contre la douche en poussant un long soupir. Ce Rimbaud est tout simplement son opposé… Il n’a jamais couché avec personne et pourtant il se retrouve à fantasmer en rêve avec tout un tas de poètes et de femmes morts depuis des dizaines d’années … Ca le dépasse.
Il s’habille à la va-vite, enfilant un jean et un tee-shirt ainsi qu’une vieille veste, puis il descend à la cuisine. Son père part travailler, il lui demande alors de le déposer en ville avec de l’argent pour se payer un petit déjeuner tranquille. M. ÂpreCime ne peut pas refuser, il ne refusera jamais après tout, il sait à quel point son fils ne mange pas assez depuis qu’ils ont débarqué dans cette ville. Il a le teint tellement terne. Dans la voiture, il lui dit qu’il a encore rêvé, il ne détaille pas évidemment. Il n’y a que son père qui soit au courant, ce vieux monsieur dépassé par la situation qui ne se fait pas assez d’argent pour lui assurer tout le confort dont ils auraient envie. Mais il est à l’écoute et c’est tout ce dont Clem a besoin. Son père le dépose dans le centre ville avec un billet de dix livres. Il lui jette un petit sourire, lui souhaite une bonne journée. Il rentrera peut-être à pied, sa maison est loin, mais il aura sans doute besoin de se changer les idées. Présentement, il a surtout besoin ‘un petit déjeuner. Il traverse une rue. Devant lui, un banc avec un type et un carnet. Un confrère de dessin peut-être. Lui dessine que les schémas qu’il réalise après. Sauf quand Rimbaud prend le contrôle, là ça dépasse ce qu’il voudrait faire. Il dépasse le banc sans plus regarder l’homme qui y est assis. Il trouve ce café dans lequel il s’assoit souvent. Il commande un croissant, un café, puis s’assoit et sort un bouquin, histoire de se changer les idées. Il plonge dans ce monde fantastique, une histoire de dragons et de trôner à détrôner du pouvoir. Une ombre vient se poser sur lui. Quelqu’un est posé devant sa table.
« Hm. J'suis désolé de te déranger vraiment, même moi j'pensais pas que ça allait te tomber d'ssus mais... »
Il relève les yeux.
Son cœur s’arrête de battre. Immédiatement. D’un seul coup. Tous les sons s’atténuent pour disparaitre d’un seul coup. Il entend simplement son cœur redémarrer, il sent ses mains trembler sur le bouquin et ses yeux s’écarquiller largement. Il détaille l’homme devant lui avec une certaine frénésie, les yeux cherchant une faille. Une seule s’il vous plait une seule. Mais il n’y en a pas la moindre. C’est ces même cheveux noirs de jais, un peu ondulés, ces mêmes yeux qui scintillent, le même visage aux courbes étrangement pleines de charme. Le nez arrondi au bout. C’est l’homme de son rêve. C’est un des amant de Rimbaud.
« En tout bien tout honneur. »
Hein ? Quel honneur ? Il lâche, comme un réflexe :
« Quoi ? »
Il l’a bien entendu parler oui. Il se repasse ce qu’il a dit en mémoire. Ok alors une histoire de tueur en série, un illustrateur. Il veut lui tirer le portrait, ça veut dire qu’il va lui tirer dessus ? Non débile, ça veut dire qu’il veut juste te déssiner. Il savait pas qu’il avait un visage particulièrement attirant. Il entrouvre la bouche, choqué par ce qu’il se passe. Il tente de fermer un peu les yeux pour ne pas avoir l’air d’un fou furieux mais le mal semble être fait. Et puis il s’appelle Alexandre. Non c’est faux, il s’appelle Baptiste Mongazon, il est né à Paris en 1840 et il est … Non Clem reprend toi, Clem tu te rends compte de ce que tu penses ? Il passe une main sur son front en faisant dériver son regard vers sa tasse de café. Putain il a besoin de le regarder. Avec un air un peu paumé, il se reconcentre sur son visage. Son visage qu’il a vu en rêve putain. Il déclare, absent :
« Me dessiner … ? Euh … Bah … »
Ouai il est totalement paumé. Il referme son bouquin avant de reprendr,e en essayant de reprendre pied par la même occasion :
« D’accord … mais je peux continuer de manger mon petit déjeuner ? »

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Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs. Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours. Assez connu. Les arrêtes de la vie. - ô rumeurs et visions ! — A. Rimbaud
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MessageSujet: Re: dessine-moi un mouton. ☾ clemens   Mar 5 Aoû - 20:14



Le dessin. Il sait plus réellement comment il est tombé dedans, à vrai dire, il peut se souvenir même à la perfection du avant tout ça, qu'il apprécie la sensation d'un crayon qui frôle le papier, d'une possibilité d'être aussi précis que brouillon. Au départ, c'était la photographie à l'âge de dix ans tout au plus. Il avait les joues gonflées parce que c'était un môme aux pommettes adorées par ses grands-mères, une tignasse pas croyable sur la tête et un appareil photo acheté pour à peine quelques billets. Il était heureux, se sentait profondément artiste à photographier le chien de la famille dans ses grands moments de jeu. Parfois, il se surprenait à immortaliser sa mère dormant sur le canapé, un ronflement s'occupant de le faire glousser intérieurement. Sauf qu'il fallait se rendre à l'évidence, Abberline fils n'avait aucun talent, pas même de potentiel à exploiter. Première déception dans la vie du petit garçon qu'il était à l'époque. La deuxième fois, c'était la sculpture durant l'adolescence quand il s'affirmait en tant que marginal un peu hippie sur les bords et rebords. L'souci c'est que lui, il le faisait pas sur de la pierre non, il choisissait le carton, à ce stade-là on appelait ça du découpage, lui il disait revoir les bases du Michel-Ange. C'était aussi pitoyable qu'immonde, il y croyait pourtant le garçon bourré d'hormones. A trop croire, tout vient à se casser royalement la gueule, c'était ça sa morale. Seconde déception dans son existence presque artistique. Puis un jour, dans un amphithéâtre des années après Alexandre a commencé à gribouiller des scènes comme la classique répondant au doux nom d'élèves qui s'endorment face au monologue bâclé de leur professeur. C'est pas qu'il était talentueux, c'est juste qu'il faisait beaucoup bosser son imagination même quand il voulait devenir un photographe de renommée mondiale. Il s'en est plus séparé, voyant dans ceci un moyen encore meilleur de pouvoir réaliser les rêves d'autrui, faire passer des émotions à travers du gris, du bleu, du vert, de l'orange. Surtout, y'a cette impression de puissance, de contrôle au bout des doigts et d'avoir cette capacité d'arracher à un être tout ce qu'il est, en l’occurrence son visage, quand il le décide même son corps. Alexandre, c'est un genre d'aspire-personne en puissance ayant ce besoin de découvrir mieux que cette idée ridicule du magnifique. Petit nez, yeux ronds, bouche pulpeuse, corps maigrichon mais à la fois généreux. Y'a plus dans ce monde, le beau c'est à tout à chacun, ça transcende le corps comme le coeur, ça pousse le sang à chauffer d'un coup sec et se pincer la lèvre inférieure. Cette catégorie à la fois rare et commune, tout bonnement humaine loin d'être touchée par les stéréotypes d'une société qui pousse aux complexes. Ce môme, il en fait largement partie. Alexandre a b'soin d'avoir sa tête dans son carnet propice à l'inspiration. Remarque, il pense toujours qu'il lui dira non, qu'il devra se morfondre chez lui en essayant de se fier à sa mémoire carrément douteuse qui est bien loin de former la réalité dans sa complexité. Il se tromperait à coup sûr, le rendrait comme il ne l'est pas, le fausserait comme on peut se botoxer des lèvres. L'illustrateur veut pas foutre en l'air son modèle, ce serait l'insulter, le frapper, lui cracher à la figure comme un traître. Il a beau se dire ce qu'il veut, il en sera jamais totalement capable. « Quoi ? » Alexandre craint le pire, tire une vague grimace ayant l'horrible prémonition qu'il va se prendre le café bouillant en pleine poire pour un manque certain de diplomatie - quoique, il aura fait du mieux qu'il a pu si c'est le cas. Ses sourcils se froncent légèrement, lèvre toujours pincée dans un excès qui la fera saigner d'ici quelques minutes, c'est même pas de la colère ou de l'outrage qu'il peut lire sur son visage, il a même l'air carrément perdu cet étudiant, arraché de ses pensées ou du bouquin sagement ouvert et posé sur la table. « Me dessiner … ? Euh … Bah … » Serait-ce donc la fin du flippe disproportionnée d'Alexandre ? Pas encore. Un sourire s'affiche sur son visage pendant que le jeune homme laisse traîner son beau "bah" dans les airs comme une traînée de poudre. Oui. C'est juste un mot, ce qu'il demande sans mettre un couteau sous la gorge. Oui. Juste un oui comme quand on va s'marier devant l'autel, un oui pour un gâteau au chocolat, un oui c'est pas si compliqué à marmonner, murmurer, penser, écrire. « D’accord … mais je peux continuer de manger mon petit déjeuner ? » Le tout-puissant a entendu l'artiste en mal d'inspiration, ou alors sa sympathie doit dépasser celle que les gens dégagent en général.

« Ouais bien sûr, tu peux lire si tu veux y'a pas d'problème. J'aimerais bien te dire de faire comme si j'étais pas là maaais, à moins d'avoir une cape d'invisibilité ça risque d'être compliqué. Au pire, si vraiment je gêne, j'te dirais essaie de m'ignorer ? » Qu'il dit en tirant une petite grimace, bien vite Alexandre se dépose sur la chaise. Mince. Trop petite, il aurait été certainement plus à l'aise dans une position typée bouddha pour dessiner. Peu importe son aise à lui, ce qui compte c'est celui de... de qui d'ailleurs ? Est-ce que cet étudiant aux prunelles noires restera l'inconnu de la rue ? Du café pour être plus précis ? Ce serait triste, tout en ayant sa dose de mystère, malgré tout Alexandre ne pourra jamais concrètement aller plus loin que l'idée de celui qui fait et celui qui reste sans bouger. Et ça l'emmerde, bien comme il faut. Faire quelqu'un c'est pas comme vouloir faire un bijou, faire de la peinture à chiffres ou encore choisir une tenue le matin, certains sont compliqués d'autres moins. Dans ce qu'il fait Alexandre, y'a plus que des traits, qu'une retranscription d'un genre particulier qui peut le fasciner, le faire sourire jusqu'aux oreilles. Y'a toujours une part du caractère qui vient à sortir quand il retranscrit un nez, une bouche, des cheveux qui tombent agréablement sur le cou. Qui ? Oui qui est-il au plus profond de son âme ? Qu'est-ce qu'il dégage outre que son physique ? C'est pas parce qu'il a dit oui qu'on peut le traiter de grand extraverti, il a même cette impression que l'inverse est fort présent. Comme de ces gens qui sont trop précieux pour ce monde de brutes. Se concentrant un peu plus sur son carnet, Alexandre l'ouvre et fait tourner les pages pour en trouver une blanche. Quelques secondes. Ah. Voilà. Enfin il peut poser ses mains dessus, se concentrer un peu plus sur le paraître de la première couche du croquis. Critch, critch. Comme si ça se déchire sous son petit essai encore très timide, l'pire c'est qu'Alexandre a beau lui avoir déballé de l'ignorer, il peut pas s'empêcher de l'ouvrir. « Et sinon, pour savoir à qui j'ai affaire, j'peux savoir comment tu t'appelles ? » Il regretterait presque sa question, manquerait plus qu'il le perturbe de trop et qu'il file sans terminer de boire son café et d'avaler son croissant. L'souci quand on sait pas, c'est qu'on peut pas savoir à l'avance qui va s'passer, c'est pas faute de vouloir devenir devin. Aucune potion magique ne veut marcher, Alexandre ne dira jamais le contraire. « Ah ouais, et hm, si j't'énerve à trop causer, hésite pas à m'dire de la boucler, hein ? J'le prendrais pas mal. » Toujours le sourire sur le visage, sur la page blanche c'est d'un gris doux, un peu incertain comme un brouillon qui ne tardera pas à montrer sa véritable nature. Et Alexandre il valdingue de son visage à la feuille, de la feuille à son visage telle une évidence qu'il ne saurait laisser partir. L'être humain, quelle bête étrange, si beau et si laid à la fois, dévastateur et créateur ils sont de ceux qui cassent pour mieux rebâtir, sans s'arrêter, tout recommencer jusqu'à causer de sa propre perte. Mais lui, l'étudiant à la mine déconfite, quels sont les démons qui le dévorent ? Alexandre a du mal à les voir pour le moment, plisse un peu les yeux comme pour lire en lui, même à un point tel où les limites se floutent jusqu'à devenir inexistantes.

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MessageSujet: Re: dessine-moi un mouton. ☾ clemens   Jeu 7 Aoû - 22:09

Dessine moi un mouton
ALEXANDRE ∞ CLEMENS


Il tente de rester calme, de reprendre une partie de son souffle qui s’échappe, non seulement par sa bouche, mais par tous les pores de sa peau. C’est un véritable supplice. Il déglutit, tente de faire passer le malaise, mais rien n’y fait il reste omniprésent. Ses membres sont tendus, ses doigts se serrent dans leurs poings respectifs, si bien qu’il pourrait presque se les entailler. Mais non, voyons, t’as pas les ongles assez longs. La meilleure solution serait de tomber dans les pommes, s’évanouir au milieu d’un café en espèrant que ce type ne le rattrape pas. Il n’a pas besoin de cela maintenant, ça certainement pas. Il ne semble rien comprendre à ce qu’il lui arrive. Pourtant c’est simple, il se retrouve face à l’homme qu’il a vu en rêve, la nuit précédente. Mais ce n’est pas n’importe quel rêve, c’est une rêve érotique mettant en scène un des amants de Rimbaud. Si tenté qu’on puisse croire que Rimbaud est véritablement le nouveau propriétaitre des lieux. Bien sûr qu’il l’est. Il n’y a aucun doute possible … Il n’y a qu’un seul homme qui ait vécu à cette époque, qui ait eu autant d’amant, Il n’y a qu’un seul homme avec une telle mentalité, autant de préjugés abolies, de conventions ignorées, qui ait vécu aussi peu longtemps en ayant vu autant de choses. Des pays à la pelle, des lieux aussi variés qu’exotiques, des paysages que Clemens n’espère pas voir un jour, excepté en rêve. Mais il sait que ce ne sont pas juste des rêves, c’est beaucoup plus que ça. Il faut se rendre à l’évidence. Et ce type en face de lui … Il est certain que c’est l’homme qu’il a embrassé cette nuit. Ou bien c’est son portrait craché. Le même nez, les mêmes yeux un peu en amande, les mêmes cheveux bouclés et épais, le même regard amusé, un peu mutin… Pour la première fois de sa vie, il a l’impression de trouver un homme profondément attirant. Et il ne comprend décemment pas d’où ça vient, il n’a pas non plus l’impression que ce sont ses sentiments…Ca le dérange, ça le dépasse, c’est pas lui, et ça lui plait pas. Pourtant l’autre s’assoit devant lui, avec un petit sourire d’artiste. Mais qu’a-t-il de spécial pour qu’on lui tire le portrait ? Il n’en a aucune idée. Franchement il ne s’est jamais trouvé particulièrement beau, il déteste son nez qui se barre de travers, ses yeux un peu trop écartés … Et ses cheveux n’ont rien d’exceptionnels, d’ailleurs son regard est un peu vide, ses yeux son pas clairs, ils sont soulignés de cernes vous savez ? Alors ouai il se demande. Mais l’autre déclare, avec une petite grimace amusée :
« Ouais bien sûr, tu peux lire si tu veux y'a pas d'problème. »
Alors il croque dans son croissant, en baissant les yeux, en contrôlant les tremblements de ses mains, les pulsions d’un désir incompréhensible dans tout son corps. Il se contrôle bien, il commence à connaitre la routine. L’autre reprend, après s’être assis sur la chaise en face :
« J'aimerais bien te dire de faire comme si j'étais pas là maaais, à moins d'avoir une cape d'invisibilité ça risque d'être compliqué. Au pire, si vraiment je gêne, j'te dirais essaie de m'ignorer ? »
Il a un léger sourire, en pensant que petit, il a dévoré tous les Harry Potter avec une réelle assiduité. Mais le sourire s’estompe rapidement, remplacé par une foule d’autres sentiments. Et il y a cette folle attraction qu’il est incapable d’expliquer. Embrasse le … c’est pas si compliqué, il a qu’à passer ses mains dans son  cou, ensuite il prend les devants et il a plus qu’à se laisser faire. Il ignore cette idée étrange, prend une bouchée de son croissant puis se brule la langue avec du café mais ne laisse rien paraitre. Et il ne sait pas bien pourquoi. Il baisse un peu les yeux, ne veut pas le regarder en face. Ce serait trop compliqué, et il préfère fuir. Il est comme ça, la fuite lui a toujours semblé être la meilleure alternative dans sa vie. Des mots volent dans l’air, alors qu’il faisait en sorte de garder le silence :
« Et sinon, pour savoir à qui j'ai affaire, j'peux savoir comment tu t'appelles ? »
Il se mord la lèvre. Il a pas envie de parler, pas envie de lui raconter, envie de rien et de tout, de lui et du vide. Putain c’est pas possible qu’une simple question le mette dans un état pareil. Arthur ÂpreCime, Clemens Rimbaud. Il pourrait répondre ça que ça aurait un certain sens sans doute … L’illustrateur dessine activement, ses yeux virevoltent des siens à son carnet, sa main semble possédée …Comme celle de Clem quand il écrit ces vers qui ne lui appartiennent pas. Il ne parvient pas à garder son regard fixé sur son café, petit à petit, poussé par une force étrange et incompréhensible, il le relève vers le visage de l’homme  qui ne le regarde pas vraiment … Plutôt le vague, au dessus de son visage. Il entrouvre les lèvres, se les mord en essayant de ne pas le trouver foutrement désirable. Mais c’est pas lui putain … Il reprend, lui lançant un autre couteau :
« Ah ouais, et hm, si j't'énerve à trop causer, hésite pas à m'dire de la boucler, hein ? J'le prendrais pas mal. »
Il a un sourire légèrement gêné, se brule encore avec le café, cette fois il ne le cache pas. Il répond, vaguement, en essayant d’oublier le visage de cet homme :
« Non vous en faites pas … J’aime bien les gens qui parlent. »
C’est vrai, il aime les gens qui font la conversation, qui racontent leur vie. Ca a quelque chose d’assez amusant, et puis c’est enrichissant. Même si présentement, il donnerait tout pour qu’il se casse de son champ de vision, c’est aussi simple que cela. Ca lui rappelle la présence de Rimbaud. Pourtant c’est bien lui qui le force, sans rien dire, sans un mot, une force invisible, à la regarder avec autant d’intensité. Il a les yeux grands ouverts face à lui. Il doit être un peu effrayant … Il répond, doucement :
« Je … J’m’appelle Clemens ÂpreCime. C’est mi allemand mi français fin … bref … on s’en fout. »
Ouai on s’en fout, embrasse le au lieu de raconter d’où viennent tes parents. Il continue de le fixer, de décrypter son visage, à la lueur d’une chandelle. Ou d’un soleil caché par des parasols, qui s’en soucie ? Il demande naïvement :
« Et vous … ? Vous … êtes juste illustrateur … ou un peu poète aussi ? »
Il regarde immédiatement ailleurs. Non il voulait pas dire ça, il voulait pas. C’est pas lui. C’est pas lui putain faut juste que ce type réussisse à le comprendre.
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MessageSujet: Re: dessine-moi un mouton. ☾ clemens   Mar 12 Aoû - 18:25



Les choix, qu'ils dont divers et variés, que le terme même signifie beaucoup et rien à la fois. Les chemins sont là, invisibles, tout peut dépendre de peu et à vrai dire, il n'est pas si rare qu'Alexandre pense aux éventualités qu'il aurait pu découvrir en fin de journée. Dans ce cas présent, s'il n'avait pas eu la bonne idée de sortir de chez lui, qu'aurait-il fait ? L'illustrateur se serait certainement grillé une clope sur le balcon pour ensuite enchaîner avec un café, le tout pour se donner la force de dessiner des feuilles. Il en aurait certainement fait plus d'une dizaine, ne lui plaisant pas il aurait fini par les jeter dans la corbeille qui se remplirait progressivement. Il serait resté des heures durant sur le bureau à se demander comment faire pour trouver le personnage exact, ni trop poussé dans les traits, ni pas assez, simple à vu d'oeil pourtant difficile à la fois. Il se prendrait la tête comme jamais. Ses paupières se seraient refermées, il aurait pioncé jusqu'à ce qu'un picotement dans le nez le réveille avec puissance. A minuit il n'aurait toujours rien trouvé, ce serait foutu dans son lit cabossé pour mieux y penser demain. Et encore, ce n'est qu'une éventualité qui aurait pu lui arriver. Un incendie aurait pu très bien commencer à cause d'un oubli concernant une autre cigarette entamée et loin d'être terminée. Alexandre aurait pu, c'est un fait indéniable, tout comme l'étudiant face à lui. A la place de se ramener à ce café, il se serait peut-être effondré sous les révisions à faire pour des examens à venir, tout comme Dieu seul sait quoi d'autre. Trop peu connu pour qu'il se fasse une idée de journée idéale avec la dégaine du jeune garçon, le mot destin lui viendrait presque à la bouche sans pour autant s'affirmer avec entêtement. C'est pas comme si Alexandre y croyait, loin de là, le hasard fait bien les choses comme a dit un jour l'autre, le principe des fils invisibles qui relient des êtres entre eux lui paraît encore trop tordu, faut dire aussi qu'il n'a jamais pris quelques heures pour s'y consacrer. Sur l'instant il préfère faire dans le terre-à-terre, c'est comme ça puis c'est tout. Jetant un bref coup d'oeil à son dessin, les yeux se font de plus en plus nets, précis, agréables à regarder. Si un corps est loin d'être sorcier à reprendre, celui d'un regard est tout autre. Paraît qu'à travers deux billes comme celles de Clemens on peut lire en quelqu'un comme dans un bouquin, faut pas en douter tellement ça a l'air limpide. Attraper le sien par les plus grands moyens reste une mission qu'Alexandre est prêt à relever, à la fois triste sans pour autant être fataliste comme une personne au bout de tout, les critch critch de son crayon se font avec de plus en plus de justesse, sans pour autant bâcler. Rapide oui, rater la reproduction non. « Non vous en faites pas … J’aime bien les gens qui parlent. » Naturellement le trentenaire s'dit qu'il va vite regretter d'avoir ne serait-ce que murmuré ça. Moulin à paroles dans toute sa splendeur pouvant passer du coq à l'âne, il n'aime pas les grands silences qui happent la bonne humeur pour laisser place à des sourires gênés. Quand l'évènement l'oblige, il se tait, quand tout est au choix, il préfère divaguer sur des sujets qui se veulent parfois totalement ridicules mais qui nécessitent un léger débat, pourquoi pas en prime une poilade monumentale. Avec Ginger, il peut pas vraiment faire ça, après tout ils passent des secondes folles à se cracher à la figure, une manière dérivée de dire je t'aime ma chère. « Je … J’m’appelle Clemens ÂpreCime. C’est mi allemand mi français fin … bref … on s’en fout. » Les lèvres de l'illustrateur bouge un peu, répétant le nom de manière muette pour bien l'encrer dans sa tête comme via le biais du bout de bois qu'il tient de sa main droite. En bas de page, il recopie avec soin Clemens ÂpreCime, sans pour autant orthographier le nom de famille à la perfection en sachant que clairement, il sort de l'ordinaire des mortels. Même lui, Alexandre, qui a des origines françaises par le biais de sa mère, se fond dans le monde par sa propre identité. Ledit Clemens quant à lui a l'air de sortir la tête de l'eau petit à petit, par bien des détails qui pour la moitié de la populace sont dérisoires. Sourire collé sur le visage, si en plus ses origines sont similaires aux siennes, il va finir par s'poser des questions, comme si un moitié français en attirait un autre, cercle vicieux quand il le veut bien. Pour le moment le dessin n'est qu'un schéma très clair avec des formes à gauche, à droite, en dépit des prunelles de Clemens qui sont les seules à bien être travaillées pour le moment, ça lui rappelle les cours de géométrie au lycée. Tout est rectangle, triangle, ovale, rond lui disait son professeur tout en remontant ses lunettes sur le nez. Celle d'arts plastiques s'étalait plus en profondeur sur le sujet, affirmant que les êtres humains ne sont qu'un entassement de formes qui se voient plus d'une dizaine de fois dans la journée. Ils sont des objets en quelques sorte, avec la capacité de parler, respirer et penser en plus.

« Et vous … ? Vous … êtes juste illustrateur … ou un peu poète aussi ? » Surprise mêlée à de l'incompréhension, peut-être qu'il a cette fameuse gueule à l'emploi ou alors Clemens doit marcher de manière à ce que les arts veulent dire se lier avec d'autres. Reposant son attention sur le croquis l'espace de quelques secondes, la poésie lui paraît un peu plus lointaine que le dessin, même la photographie est plus jeune à côté de ça. Pinçant sa lèvre inférieure à nouveau il passe sa propre main libre sur sa nuque, la frottant un petit peu. Ah, si, ça lui revient, quelques essais douteux à cause d'une mère dévorant des recueils de poésies diverses, dans sa langue maternelle forcément sinon elle se dénaturerait. Il se souvient des heures passées devant cette figure féminine à l'entendre déblatérer des termes français qu'à l'époque Alexandre ne comprenait pas, ça restait dans sa tête comme une mélodie parfois violente, puissante, voire carrément malade. Jusqu'au jour où il a commencé à apprendre, cette langue plus que belle aux yeux d'une maman qui voulait en apprendre autant au fils qu'à la fille, à ces jours il ne sait en dire quelques mots, des phrases qui s'alignent bien sans pour autant aller dans la plus grande politesse digne des ducs. Petite grimace pour agrémenter sa réponse. « J'te dirais bien pour m'la jouer que je montre mes textes qu'à ceux qui le méritent, mais, non, non. » Vague rire sec pour s'auto-rire de son propre cas aussi désespérant que possible. « J'suis vraiment nul en envolées lyriques. » Un aveu qui lui ferait presque du mal. C'est vrai qu'être un être totalement multifonction ne lui déplairait pas, il prendrait un malin plaisir à narguer ceux qui jalouseraient ses talents. Il n'en a qu'un, qu'il n'arrive pas encore à voir comme une bénédiction. D'un seul coup ses yeux se plissent légèrement, le bout de son crayon se pose sur ses lèvres et il tapote dessus d'un air pensif. Sourire increvable dans la peau, ses sourcils se haussent la seconde d'après, sa réplique continue. « Pourtant c'est pas faute d'avoir été élevé à coup d'poètes français. Ma mère souhaitait m'faire partager la beauté d'la langue par ce biais-là, faut croire que Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et tout le petit groupe n'ont pas su me donner l'inspiration ultime à ce sujet. » Regard à nouveau concentré sur Clemens, sa tête se penche légèrement sur le côté histoire de voir de nouveaux angles, sans pour autant se foutre plus haut ou plus bas. Il pourrait presque se rappeler qu'il était comme ça à une époque, toujours un livre entre les pattes, l'air pas franchement dégourdi et cette manière se comporter. Perturbant, le pire ce doit être cette façon de le regarder lui. Des yeux grands ouverts comme s'il venait de croiser un fantôme, pourquoi pas un cadavre éventré, le teint aussi opalin qu'une pleine lune qui veut être la reine de la nuit. La première chose qui lui vient à l'esprit c'est qu'il a pas encore bien digéré le fait qu'on puisse vouloir le dessiner, p'tête qu'il aime pas trop qu'on l'aborde d'une manière aussi culotée digne des Abberline. La deuxième étant qu'il va lui faire un malaise et lui tomber dans les bras, hypoglycémie, chaleur, suffit de peu pour qu'un squelette s'effondre en un petit tas. L'expérience d'Alexandre lui a permis d'affirmer que personne n'est à l'abri d'une chute, surtout pas lui qui il y a quelques semaines encore s'était effondré en pleine exposition suite à une migraine fulgurante. Ils se ressemblent, se rassemblent et en même temps s'éloignent, y'a comme un truc chez ce Clemens qui fait un effet miroir tellement rare à voir.  Reprenant sa besogne de base, c'est à son tour de riposter. « Et toi ? Tu fais mumuse avec les rimes pour me poser cette question ? » Simple déduction, bien qu'il soit encore loin d'égaler celle de Sherlock Holmes, il risque en fait de plus se planter qu'autre chose. Et plus Alexandre avance dans le mystère Clemens ÂpreCime, plus il sent qu'il se rapproche d'un malaise qui l'englobe depuis qu'il est posé sur cette chaise.

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MessageSujet: Re: dessine-moi un mouton. ☾ clemens   Mer 20 Aoû - 17:40

Dessine moi un mouton
ALEXANDRE ∞ CLEMENS


Ouai, il a une gueule d’ange, de poète. Il a ces yeux vifs, ce regard ahuri, et il a l’air heureux de dessiner, heureux d’être en vie tout simplement. Il aimerait bien avoir la même joie de vivre, mais il se rend compte que ce n’est pas vraiment pour lui. L’enthousiasme, les questions passionnées, ce n’est pas pour Clemens. Vraiment pas. Et il ne comprend pas pourquoi il vient de lui demander, un peu poète ? Ouai, il a la tête de l’emploi, mais ce n’est pas pour ça … ce n’est pas pour ça qu’il l’est ! Pourtant au fond de lui, le jeune homme a l’impression de faire face à un putain de géni. Un type totalement incompris, ne délivrant jamais ses poèmes sans de bonnes raisons. Pourtant il sait, il sait que ce n’est pas l’homme de son rêve, l’homme de son rêve est mort depuis des dizaines de dizaines d’années ! Ca ne peut pas être lui ! Mais ce visage … si semblable, si familier, ça le déroute au plus au point. Quelque part, à l’intérieur de son cœur, il y a cette voix qui lui chuchote de l’embrasser. De toute manière ce beau dessinateur se laissera faire, et il lui doit bien ça non ? Il y a des chances qu’il se laisse faire, il y en a plus qu’il le repousse en lui jetant des regards perdus et désabusés. Et non ! Non il n’est pas le genre de type qui embrasse des inconnus comme ça, et il est certainement pas homo, ces quoi ces pulsions malsaines ! Il a déjà assez de souci pour ne pas en rajouter encore à la pelle, comme une mauvaise manie dont on arrive pas à se débarrasser ! Et cette manie revient à la charge lorsque l’autre se mord la lèvre, passe une main dans sa nuque, sans s’apercevoir de l’effet qu’il pourrait provoquer à Clem. Ouai, il lui fait énormément d’effet, et ce n’est clairement pas donné à tout le monde. Tente de faire dériver son regard autre part, mais ce sont ses lèvres et ses yeux qui le font tenir en place. Il a l’impression que la force de gravité, à cet instant n’a plus la moindre influence sur lui, que c’est ce type, cet Alexandre qui n’a jamais, qui le fait tenir au sol. Il répond, avec une voix légère :
« J'te dirais bien pour m'la jouer que je montre mes textes qu'à ceux qui le méritent, mais, non, non. »
Clemens sent un intense frisson remonter le long de son dos. Il ferme les yeux un court instant pour tenter d’identifier ce qu’il se passe. Il vient de prononcer à peu prêt exactement les mêmes mots que l’homme de son rêve. Ces quelques mots ... « C’est que tu vois, ma poésie, mes très chers vers, je veux qu’ils ne soient entendus que par des personnes qui le méritent réellement. ». Ce n’est qu’un cauchemar, ou bien une simple coincidence, pas la peine d’en faire un drame. Il ferme un peu plus les yeux, se sent pris d’un vertige,
« J’suis vraiment nul en envolées lyriques. »
Il ne peut pas le croire. Il le revoit encore, écrire des vers dans ce grand lit, parfaitement nu, parce que, à ce qu’il parait, l’inspiration vient plus vite quand on est dans son plus simple appareil. Enfin c’est ce qu’il en dit. Il n’arrive pas à croire, du moins une partie de lui. Clemens non, ça ne lui semble pas plus choquant. Il a l’impression de ne plus savoir où sont ses pensées. Ca devient de plus en plus grave. Et l’autre reprend, pourtant toujours aussi concentré sur ce qu’il dit et ce qu’il faisait :
« Pourtant c'est pas faute d'avoir été élevé à coup d'poètes français. Ma mère souhaitait m'faire partager la beauté d'la langue par ce biais-là, faut croire que Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et tout le petit groupe n'ont pas su me donner l'inspiration ultime à ce sujet. »
Sans doute qu’il ne remarque pas le malaise qui s’empare de son interlocuteur à ce moment. Un malaise si fort qu’il sent une sueur froide glisser le long de son dos. Non, il ne se sent vraiment pas bien. Nerveusement, il mastique un bout de pain au chocolat, boit une grande gorgée de café, mais rien n’y fait, il nage toujours entre le froid et le chaud. Il regarde ailleurs. Non. Il ne faut pas lui parler de Rimbaud. Ni de Verlaine. Mais les mots sortent seuls de sa bouche.
« Vous aimez Rimbaud ? »
Mais non voyons, il n’en a rien à foutre de l’avis que les peuvent avoir sur Rimbaud. Concentre toi Clem. Il sent son souffle lui manquer, le malaise devient omniprésent. Bordel il lui ressemble tellement, ça en devient éreintant. Ce doux poète inconnu. Il le revoit dans la pénombe de la chambre, cette bougie posée sur le secrétaire, la plume à la main, le sourire charmeur de ces hommes volages. Et il y a bien la suite qui vient enfoncer le malaise .
« Et toi ? Tu fais mumuse avec les rimes pour me poser cette question ? »|/b]
Oh si tu savais. Il esquive son regard, mais revient toujours ces lui, des allers retours stressants au possible pour l’un comme pour l’autre. Il semble que le regard soit le lien qui les unisse. Le sien, contre son visage, pour étudier la moindre parcelle de sa peau, le sens de ses sourcils, la forme de sa bouche ou de ses joues. Et Clemens lui, reste bloqué sur ses lèvres qu’il veut embrasser. Il se sent presque faire un mouvement. Il se retient. Il répondit, évasif :
[b]« Oui … mais … Enfin … C’est plutôt compliqué. »

Ce n’est que ta vie, tout le monde s’en fout. Non justement, on s’en fout pas, impose toi. Il reprend.
« C’est que ce n’est pas vraiment pour moi la poésie … enfin j’adore ça hein, vraiment, je trouve ça fabuleux, mais … C’est … plus un réflexe … les vers viennent tous seuls. »
Il a fixé son regard sans le sien. Bon sang il doit vraiment avoir l’air bizarre. Mais il conclut, d’un mouvement de la main, détachant ses yeux de son emprise :
[b]«Enfin laissez tomber, c’est … pas très intéressant … Et carrément incompréhensible. »
Rire nerveux.

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